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Béatification du pape Paul VI
Article mis en ligne le 18 octobre 2014
dernière modification le 19 avril 2015
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Dimanche 19 octobre : béatification du pape Paul VI

Lors d’une conférence intitulée « Églises du monde en dialogue », le 26 août 2014, le cardinal Roger Etchegaray a brossé le portrait du pape Paul VI. Extrait.

Conscient de ne pouvoir réduire à quelques traits une figure aussi chatoyante, je dirai simplement qu’il était comme rongé par la hantise de porter la Bonne Nouvelle du Sauveur aux peuplades les plus minoritaires et aux cultures les plus éloignées. Il a été le premier pape à prendre l’avion pour des voyages internationaux (9 à son compte). Pape moderne en ce sens qu’il a osé regarder le monde en lui-même, non plus seulement à partir de l’Eglise mais comme le monde se voit lui-même, avec ses audaces, ses risques et ses chances.

Jean Guitton a révélé que, consulté par Paul VI dès son élection, il lui avait suggéré une encyclique sur la « Vérité ». Mais ce thème ne convint pas au pape ; il préféra celui du « Dialogue » et publia le 6 août 1964 sa première encyclique « Ecclesiam Suam », peut-être la plus actuelle encore 50 ans après. Paul VI y définit l’Eglise par deux pôles : « Une Eglise qui approfondit la conscience qu’elle a d’elle-même et une Eglise qui se donne au monde dans le dialogue. »

Dans une interview au grand quotidien Corriere della Sera, il explique : « Beaucoup s’interrogent sur le pourquoi du dialogue, parce qu’ils n’ont pas conscience du vrai problème. Quand j’étais archevêque à Milan, j’ai vu les archives du diocèse du temps de Saint Charles Borromée. Les problèmes étaient alors : l’achat d’un confessionnal, la réparation d’une église, la présence de trois ivrognes dans une paroisse, les agissements d’une sorcière. Aujourd’hui, la situation est tout à fait autre. Il s’agit de millions de personnes qui n’ont plus la foi en Dieu. D’où la nécessité pour l’Eglise de s’ouvrir. Nous devons approcher ceux qui ne croient plus et ceux qui n’ont plus confiance en nous. »

Parmi les gestes concrets de Paul VI, je pense à sa visite au siège des Nations Unies. Un voyage éclair de 32 heures (il n’y avait pas encore de jet). On ne réalise pas ce tour de force qui lui permit de ne rester que 13 heures bien remplies à New York. J’étais dans la basilique St- Pierre quand le Pape, n’accusant apparemment aucune fatigue, fut accueilli avec un tonnerre d’applaudissements par les 2 000 évêques du Concile, émerveillés de ce marathon qui aurait épuisé bon nombre d’entre eux.

Je pense à ce paralytique du Trastevere, mon quartier romain, que le Pape prit un jour dans ses bras, en lui promettant qu’après la résurrection, il danserait avec lui devant le Seigneur. Je pense aussi à l’anneau de pacotille qu’il offrit aux Évêques, appel à une vie plus pauvre et signe de l’unité du collège épiscopal pour lequel il rétablit l’antique institution du Synode à saveur orientale. »

Sa béatification nous permettra de mieux découvrir ce mystique, ce prophète, ce pasteur dont je fus si proche. Enveloppé et comme cerné par une poussée contestataire d’impatiences ou de résistances autour de l’année 68, il a dû s’appliquer jour après jour, à tenir le cap du renouveau conciliaire et à prendre parfois des décisions exigeantes pas acceptées de tous. Sa sérénité intérieure ne transparaissait pas toujours sur son visage, mais toute son action en reflétait l’intensité. Qui connaît l’extraordinaire dialogue imprévu lors de la première rencontre de Paul VI avec le Patriarche Athénagoras à Jérusalem ? Ignorant que les micros étaient déjà branchés, juste avant l’échange des discours, des paroles furent enregistrées où ils se disaient l’un à l’autre : « Que pouvons-nous faire pour avancer ensemble ? »

Voici une nouvelle heure privilégiée d’écoute commune ! Que toutes nos Églises se rassemblent, se condensent dans l’humilité de la même question. Nous serons sûrs alors d’accueillir au moins quelques brassées de réponse venant d’en-haut, de l’Esprit, avec cette parole de Paul VI à la fin du Concile : «  Je ferme les yeux sur cette terre des hommes, douloureuse, dramatique, magnifique. »
Tout Paul VI est dans cette parole frémissante et joyeuse qui figure à la fin de son testament.
Cardinal Roger Etchegaray

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