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La solitude des jeunes !
Article mis en ligne le 7 juin 2012
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Un jeune sur cinq souffre de solitude

Pour la huitième année, la Société de Saint-Vincent-de-Paul lance une campagne nationale de lutte contre la solitude, destinée à sensibiliser le grand public.

L’association a choisi de sonder la solitude des jeunes, à travers une étude que La Croix publie en exclusivité. Selon celle-ci, 19 % des 18-35 ans disent ressentir une solitude « subie ».
Au total, 45 % ont connu des épisodes de solitude. S’il existe un lien certain entre précarité et solitude, celle-ci touche aussi des jeunes considérés comme favorisés et insérés.
C’est le temps des amis, des conquêtes, de l’ouverture aux autres et au monde. C’est aussi, pour certains, celui du douloureux apprentissage de la solitude.
Réalisée le mois dernier auprès d’un millier de personnes âgées de 18 à 35 ans, cette enquête montre que 19 % de ces jeunes souffrent de la solitude. Au total, 45 % déclarent ressentir de la solitude souvent ou occasionnellement, celle-ci pouvant être choisie. Parmi eux, 42 % affirment qu’elle est « subie », autrement un jeune sur cinq.

Rien d’étonnant, pour le sociologue Jean-Claude Kaufmann. « Les jeunes ont gagné en autonomie et en liberté individuelle, ce qui est positif. Ils choisissent, beaucoup plus qu’avant, les réseaux dans lesquels ils souhaitent évoluer, explique le chercheur (1). Le problème, c’est qu’en cas de difficulté, les filets de sécurité fonctionnent de façon moins systématique qu’avant, à une époque où l’individu était partie prenante du groupe : la famille, l’entreprise, le voisinage, le village, etc. ».
Pour les plus fragiles, « le potentiel de liberté risque alors de se transformer en une perte de repères et un repli sur soi » , poursuit le sociologue.
Psychologue au centre hospitalier d’Erstein, en Alsace, Sébastien Dupont (2) ne dit pas autre chose : « La solitude est le revers de la médaille des formidables libertés dont jouissent les individus d’aujourd’hui. Nous faisons partie des premières générations qui souffrent de ce revers, à la suite de celles qui ont surtout perçu les bénéfices des libertés nouvelles, tout en profitant des cadres structurants transmis par les précédentes générations. En quelques décennies, nous sommes passés de “l’ivresse de la libération” à “l’angoisse de la liberté” », expliquait-il en janvier 2011, dans un forum organisé par la Jeunesse indépendante chrétienne.
À Vannes (Morbihan), Alain David, de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, s’étonne du nombre croissant de jeunes venant frapper à la porte. « Ils sont dans une situation d’isolement affectif, à la recherche d’une oreille bienveillante » , remarque ce bénévole. Dans sa permanence, il voit beaucoup d’exclus, sans travail et sans ressources.
Un constat confirmé par l’étude, qui montre que les inactifs sont surreprésentés parmi les jeunes qui souffrent de solitude. Le « manque d’argent » est aussi la raison le plus souvent évoquée par les sondés pour expliquer leur isolement.
Mais pas seulement. Alain David rencontre aussi des jeunes des classes moyennes qui perdent pied. « Il suffit parfois d’une mésentente avec les parents, le jeune claque la porte et se retrouve perdu » , souligne-t-il.
Président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Bruno Dardelet indique de son côté que la solitude concerne aussi, en ville, un grand nombre de jeunes mères, isolées après une séparation ou un divorce. Dans l’enquête, les femmes vivant en Île-de-France sont ainsi relativement plus nombreuses à se sentir seules que le reste des jeunes.
À cet égard, Internet est un miroir déformant de la socialisation. L’étude montre que 86 % des sondés ont un compte Facebook, avec en moyenne 178 « amis ». Toutefois, les personnes interrogées ne sont pas dupes : 55 % considèrent en effet qu’Internet « favorise la solitude ».
« C’est une formidable chance de pouvoir tisser facilement des réseaux, dit Jean-Claude Kaufmann. Mais les choses se corsent lorsque les jeunes veulent aller plus loin que l’empathie à distance et sont à la recherche de soutien, d’attachement, et de présence. »
« D’ une manière générale, cette perte de repères, parmi les 18-35 ans, est largement sous-estimée », déplore le président du mouvement, qui a lancé cette année sa huitième campagne nationale de lutte contre la solitude. Bruno Dardelet milite donc pour une véritable prise de conscience.
Pour le responsable associatif, « il en va de notre responsabilité à tous de redonner confiance aux jeunes et de les aider à se battre », loin de « l’indifférence » et de la « résignation » qu’il voit trop souvent poindre. (journal la Croix)


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